Capsule No 83 - 31 Mars 2014 - 04:54 - mp3 - bio

Tom Van de Voorde nous lit des extraits de Liefde en aarde (Poëziecentrum, 2013).

Tom Van de Voorde
Poèmes traduits du néerlandais par Daniel Cunin


Demander à Shiva

si ça vaut la peine de récupérer
un fût plein d’algues et de houle,

de le rouler voilé d’étoiles
sur une plaine agraire.

Apporte-moi une fontaine délabrée,
une corde à une poignée de chevaux,

le soleil sur un champ aux fines dalles
posées à même le sable doré. Quelle

direction donne le pétrole à un vase
avant qu’une fleur ne s’invente

une couleur, qu’un barrage ne gagne sa liberté.
Tous ces amis allumés, terrés parmi

tant de filets. Compte-les et calcule.
Demande, si jamais elle a pu choisir son nom,

ce que ça a donné : quelques pierres sciées,
un toit, regroupé en V inversé contre les erreurs,

telle une plaine qui s’élève, à la géographie naïve.
Peut-être était-ce suffisant, Ahmadi :

broder l’histoire de ton pays
de métaux précieux, aligner des nécrologies

comme des coquillages,
leur inventer des bras des jambes.


Pendant ce temps dans la jungle

les couleurs prient pour le bonheur

des pierres vêtues de gelée blanche

punissent des arbres les dieux.

Quiconque s’alarme d’un héros

à cause de quelques gravats dans les mots

marmonne une violence routinière

pour des songes corrélés à la possession.

Des silhouettes de jumeaux

dénudent la mélancolie à ratisser

en parcelles, en rangées, fléchissent

le ciel devant des ailes enjouées,

évitent leur rotation.

Mais comment conserver

une chaise sur un toit,

un site pour de la musique

épique sur laquelle torturer

des morts spasmodiques

sur une rizière en feu

se froisse à toute vitesse

le mur le mortier.

Pendant ce temps dans la jungle

la boue pousse le béton.


Le pique-nique des étrangers

On reconnaît le bateau au papillon éraflé sur la proue,
aux branches de sauge, cassées quand une bouée a été lancée.

Du bleu mêlé de blanc me rappelle la trajectoire des nuages
dans un tonneau à eau, qui attend villages et femmes

en été. Je sais à présent ce que veulent dire les pigeons
quand ils essaient de pondre leur nid dans un drapeau.

Personne n’avait donné l’heure d’arrivée de la flotte.
Les rêves fleurissent tard quand ils n’attendent pas d’invités.

Laisse-moi ici, comme un salut à une grille de jardin,
sans prendre garde à celui qui l’entendra en premier.

Ou conduis-moi à une porte près du crépuscule.
Montre-moi ce que raconte la mer quand elle se retire.

J’enlace une vague et crie que je vais changer.
Je dis ce que font les couards, tourmentés par une étoile

dans le ressac. On escompte le chant
dans la guitare de l’étranger.

Ne sois pas pressé en quittant la maison.
Rien n’interdit à cet endroit d’attendre.

On escompte le mythe de l’étranger,
tandis qu’on peut voir qui se tapit, par peur du bonheur.

À la fin de la chanson, dans quelle mesure vais-je redouter
que mon rêve, bleu ou blanc, ne réapparaisse plus ?

Peut-être les étrangers se sont-ils perdus en chemin
en chemin vers le pique-nique des étrangers.

D’après Darwish

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Un projet de L'Arbre de Diane ASBL.

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